Negatovas

Negatovas

L’univers de ce spectacle est très sombre. Il penche vertigineusement vers un excès de noirceur et de "négativité". Mais mon objectif est de créer un grand décalage entre ce noir et un côté comique. Ce comique naîtrait de l’excès mais surtout de la précision dans la description d’états de choses, d’attitudes, de circonstances, de gestes. Ce comique naît tout simplement de la précision.

À travers le mouvement je voulais chercher comment dans un excès de noirceur et de négativité des gens peuvent se montrer touchant et tendre. Avec tout ce que cela peut avoir de comique et de tragique.

Les negatovas seraient

un

Horizon d’attente

Variante silencieuse

Le front plongé

Équilibre de colonne solitaire

Vertige commençant à terre

Des auto-stoppeuses chroniques prêtes à partir dans n’importe quelle direction

Des passoires qui seraient traversées constamment par d’autres identités

Appréhendant le monde comme une collection de moments

Retenant leur respiration depuis longtemps

Remplies de leur fierté inquiète

Elles seraient vivantes vigilantes et discrètes

Des statues qui auraient investi des corps vivants

Des mémoires brûlantes

Des visages hallucinés

De face elles semblent accablées

De profil de vraies brutes

De face elles iraient en prison

De profil elles finiraient à l’asile

Leur tête comme un poing au bout d’un corps

Une ligne presque verticale

Un noeud au bout d’une corde

Une tête pleine de noeuds arrachée au crépuscule

Elles veillent

En panne ou dans l’attente de...

Elles regardent vers le bas ou tout droit

car elles ont appris il y a long temps à ne pas regarder autour

L'indifférence accentue la distance

Composées de fragments

Poussiéreuses

Atteintes d’une perte de l’identité

Fouineuses solitaires

Leur condition ressemblerait à quelque chose de laid

interrompu par un je ne sais quoi de comique

Sentinelles du désert

Syndrome de dépendance environnemental

Toute leur trajectoire est une tentative d’évasion

Une humanité en flottement

Des conversations phosphorescentes

Des tas sombres munis de pieds

Elles intériorisent leurs piétinements

n’ayant plus d’espace extérieur dans lequel se déplacer

Elles donnent l’image d’un mouvement qui ne se meut pas

et d’un chemin qui ne mène nulle part

Entre enfance et inquiétude

Entre violence et innocence

Entre tendresse et dureté

Ne permettant pas à une part de leur personnalité

d’être symboliquement prise en charge par une autre

Des enfants au regard de pierre terriblement vulnérables

Un je ne sais quoi manque en leur centre

Observer le monde et repérer ceux qui marchent à l’infini

vers un destin absurde et indéfini

Crédits

Chorégraphie : Karine Ponties

En collaboration avec les danseurs: Alessandro Bernardeschi, Neil Cadger, Didier Casamitjana et Mauro Paccagnella

Conception lumière : Florence Richard

Première : 24 mars 1999 au Studio du Palais des Beaux-Arts de Charleroi dans le cadre de la 4e Biennale internationale de Charleroi Danse

Durée : 45 minutes


Production

Une production de Dame de Pic asbl et Charleroi/Danses (Centre Chorégraphique de la Communauté française).

En coproduction avec Bruxelles/Brussel 2000, Le Théâtre de la Balsamine, Bellone-Brigittines, Kunstencentrum Vooruit, DWA (DansWerkplaatsAmsterdam).

Avec l'aide du Ministère de la Communauté française - Service de la Danse et Lod.

Références de travail

  • Dessins d’Antony Gormley
  • Sculptures de Juan Munoz
  • Sculpturesde Thomas Schütte
  • La rue pour un seul de Tahar Ben Jelloun
  • Sculptures d’Alberto Giacometti

© 2013 Dame de Pic / Cie Karine Ponties Design : Speculoos