Mi non sabir

Vers le projet Mi non sabir

La Provence , février 2006

Daniel Carraz - La Provence

"Entre rires et transes"

Soire contrastée, salle Benoît XII, pour deux spectacles du projet tchèque de Trans Danse Europe. Humeur-humour pour débuter. Les quatre danseurs tchèques étonnent sur ce "Mi non Sabir", chorégraphié par Karine Ponties. En plus il font rire.

Que peut-on faire de son corps quand l'imprévisible surgit à chaque instant chez l'autre? Lui répondre par une pirouette encore plus imprévisible?

S'assembler en concrétion humaine? Se transformer en monument, ou marcher ensemble comme un crabe géant dont on ne sait plus à qui appartiennent ces pattes qui dépassent? Tantôt s'attirant, tantôt se repoussant jusqu'à former trio, duo ou même solo, se réfugiant dans une irrésistible danse du ventre...Le corps, totalement à l'abandon, devient jouet du partenaire. Soumission, puis fuite. Ensemble encore, côte à côte, ils nagent. Plus loin ils apparaissent comme une inmense chenille. Ils cherchent, se cherchent. Suprenant, frais, vivifiant, un sourrire.

Scenes - Décembre 2005

Cedric Juliens - Scenes

"Un monde de sueur et de rencontres"

(entretien avec Karine Ponties)

Au départ, une commande de Trans Danse Europe: créer en un mois et à Bruxelles une chorégraphie avec des danseurs praguois. "J'ai choisi quatre types différents qui ne s'entendent pas forcément, explique Karine Ponties, pour cultiver leur différence et expérimenter l'art de la rencontre"

..." Depuis quelque temps, j'apprécie de travailler avec des hommes uniquement. Créer un univers avec des hommes est plus facile: ils sont plus basiques"

..."On n'a pas posé de concept préalable, mais plutôt tenté une rencontre"

..."Il a fallu qu'ils acceptent leurs différences. Et soudain la camaraderie, la tendresse on surgi, jusqu'a produire des scènes de caresses ou de pietà. Mais pour arriver là, tu dois passer par la confrontation: tu ne peux pas approcher quelqu'n si tu n'as pas appris à le repousser"

..." Certains se trouvent désorientés quand on pénètre dans leur sphèreintime, d'autres pas. De ces rencontres, se dégage une tendresse mais pas forcément une sensualité. Le problème dans le spectacle n'est donc pas l'homosexualité mais plutôt la confiance et l'abandon: que faire de son agressivité, de son côté prédateur?

Les Hivernales d’Avignon, février 2006

Tardone "les hivernales d'Avignon"

"Le public des Hivernales se plie en quatre avec Karine Ponties!"

Quelle agrèable surprise cette soirée des Hivernales à la Salle Benoît XII, avec Karine Ponties, chorégraphe belge, pour "Mi non sabir"

Quatre danseurs tchèques sont sur scène: touts en petite tenue dont un avec une seviette autour de la taille. Devant nos yeux ébahis, ce quatuor va se livrer à un excercise burlesque, où près du sol et des corps, ils vont modeler leurs rapports humains. Il faut les voir s'emboîter les uns dans les autre pour avoir le leadership, se montrer terriblement puérils lorsqu'ils veulent individuellement montrer leur talent, faire preuve de tendresse et de solidarité lorsqu'un des leurs flanche. Le public s'amuse! Pour ma part j'ai du mal à stopper mon fou-rire quand l'un des danseurs se cache dans une boîte: se moque-t-il de la danse contemporaine (comment ne pas penser à Christian Rizzo)?

Si Karine Ponties offre un regard amusé sur le collectif masculin, c'est toujours avec respect et tendresse. Bien sur, il n'y a rien de revolutionaire dans le propos; ce qui surprend, c'est le ton décalé l'énergie de ce quatuor, les gestes chorégraphiques qui donnent aux corps des hommes une consistance si fragile.

Cet spectacle est le bienvenu: il donne au projet "Trans Danse Europe" une vivacité, loin des froides propositions vues jusque là (William Petit, Compagnie Nomadi).

Mi non sabir (2006)

Nicolas Six - Danser

(…) les premiers mouvements déterminent le statut qu’on conquiert dans le groupe.Un grand classique: des légions de chorégraphes se sont fendus d’une telle radiographie des articulations sociales, pointant les petits riens qui font naitre les complicités ou les dominations.Mais la radiographie de Karine Ponties montre ces articulations sociales sous un jour nouveau.Ses danseurs sont impassibles.Exit les émotions qui brouillent le sens.Quand à leurs mouvements, ils sont d’une grande inventivité.On voit passer des betes à quatre jambes, on assiste à des combats de boomerang gestuel, on contemple des forets de membres en perpétuelle recomposition.Le tout baignant dans une désopilante atmosphère burlesque , qui dégrippe immanquablement la machoire.

Mi non sabir - Théâtre Benoît XII, Avignon

Philippe Verrièle

Danse

Mi non sabir

Mouvement social

Théâtre Benoît XII. Les Hivernales d’Avignon

Dans la même soirée consacrée à la jeune danse tchèque, se croisaient deux spectacles de mérites inégaux. Karine Pontiès livre un petit bijou d’humour parfaitement réalisé, Petra Hauerova un solo technoïde pesant.

La vie chorégraphique pragoise est marquée, du moins en ce qui concerne les formes les plus récentes, par l’influence du festival Tanec. C’est sa directrice, l’énergique Yvona Kreuzmanova qui a favorisé la rencontre entre la franco-belge Karine Pontiès (française travaillant en Belgique) et un quatuor de danseurs pragois.

Le mouvement qui génère une dramaturgie par lui-même

En quelques semaines, ces artistes ont trouvé non seulement une façon de travailler mais aussi le ton de la gestuelle de cette chorégraphe singulière adapté à une certaine atmosphère tchèque. "Mi non sabir" fonctionne comme une machinerie. Il y en a un qui fait un mouvement, ce qui change le fonctionnement d’un autre, lequel dérange les deux autres. Ainsi le tourbillon de bras de l’un est évité par l’autre, mais qui se trouve précipité dans les bras d’un troisième qui butte sur le quatrième... Qui que soit l’un, l’autre ou le troisième et même le quatrième.

La pièce ne fonctionne pas sur les ressorts d’une psychologie ou d’une situation, mais sur le mouvement qui génère une dramaturgie par lui-même. Ainsi quand les quatre protagonistes sont assis les uns sur les autres et sur un banc, le déplacement d’un membre quelconque provoque la nécessité de déplacer une tête, un bras, une main, n’importe quoi qui toujours gêne. Impavide, les quatre sont à la fois un seul mouvement pris successivement et quatre entités bien embarrassées d’être toujours en lien avec les trois autres. Même si ce n’est pas l’intention de la chorégraphe, il est assez tentant de voir dans cette gêne à être à la fois avec les autres et sans eux, une métaphore drolatique de la situation tchèque.

Remarquable réussite

Les changements politiques y ont, en une dizaine d’années, fait éclater le corps social contraignant (un seul mouvement pour tous), mais au prix d’une solitude de chacun (éclatement du mouvement en quatre). Cette chorégraphe discrète, mais particulièrement inspirée fonctionne selon une logique qui évoque ce que Petr Kràl écrit à propos des burlesques du cinéma muet « le héro burlesque peut devenir un objet pur et simple, [qui est] comme doué d’une vie propre»(1) ... Remarquable réussite.

On ne peut en dire autant de l’autre travail. Petra Hauerova a eu beau être révélée par la plateforme de la danse Tchèque 2004, organisée toujours par Yvona Kreuzmanova, le résultat n’est pas enthousiasmant. Jeu de lumière laser et son extrême ne font pas une pièce. Cela évoque les films où l’on voit Loïc Fuller en version modernisée et kitch sans plus d’intérêt sinon de faire du bruit.

Mi non sabir (Karine Pontiès) et Night Moth (Petra Hauerova). Théâtre Benoît XII. Les Hivernales d’Avignon. Danseurs : Radek Macak, Pierre Nadaud, Rostislav Srom, Jaro Vinarsky (Mi non sabir)

(1) Petr Kràl, Le burlesque ou la morale de la tarte à la crème. Ed. Ramsay, poche 1984, p104. Ce mode de fonctionnement correspond aussi parfaitement à Josef Nadj dont Karine Pontiès est, esthétiquement, assez proche.

Mi non sabir - Les Hivernales d’Avignon

Tardone - les hivernales d'Avignon

"Les Hivernales d'Avignon, cru 2006: transmettez...on y danse!

Deux artistes ont fait suffler un vent de modernitéau cours de cette édition: la Belge Karine Ponties pour "Mi non sabir"...

...avec humour et créativité, nous ont proposés une vision de la danse moins conceptuelle et égocentrique, beaucoup plus collective, centrée sur de nouvelles normes de comunication entre les individus. Ils ont questionnés autrement le rapport de l'individu au groupe et par la même occasion le rapport du danser au chorégraphe qui se trouve dilué dans le collectif.


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